Mercredi 23 Mars 2005 après-midi
Nous sommes transférés à Bicêtre en ambulance toute sirène hurlante. Je commence à réaliser que je ne me réveillerai sans doute jamais de ce cauchemard.
On nous met dans une pièce vitrée et stérile qui sera la chambre de Sydney, d'ailleurs son prénom est déjà inscrit sur le côté de celle-ci. Par les vitres nous pouvons voir tous les autres bb et leurs parents.
Pendant que Fred (mon mari) part faire les formalités administratives, j'en profite pour changer Sydney, quand tout d'un coup, un homme d'un certain âge en blouse blanche rentre.
C'est le Professeur Gauthier, le chirurgien.
"Bonjour, vous devez être déjà au courant, du cas de Sydney, elle a donc une maladie grave et nous devrons l'opérer après-demain matin, dans le cas contraire elle risque de décéder ! C'est moi qui pratiquerait l'intervention".
Je pense que j'ai dû blémir car il m'a tout de suite dit : "Vous n'êtes pas au courant ? Vous n'avez pas vu le médécin ? Je suis désolé je pensais que vous saviez !"
J'ai bougé la tête en signe de négation. Les mots étaient restés coincés au fond de ma gorge.
La porte s'est rouverte, Fred et le médecin rentrait à ce moment là. Le professeur a expliquer au Médecin le malentendu. Il avait l'air très embêté le pauvre.
C'est clair que comme annonce on peut faire mieux. Mais au fond je lui en veut pas après tout j'ai donné la vie une première fois à Sydney, lui une deuxième. Sans lui, Sydney ne serait plus là, alors je ne peux que l'en remercier.
Merci Professeur Gauthier d'avoir redonné la vie à Sydney. (Redonné et non sauvé, car son opération lui permet de vivre un peu plus longtemps avec son foie mais à durée limitée. Ceci est une ptite parenthèse que je tenais à faire).
Le Médecin nous a demandé de laisser Sydney dans sa couveuse et de le suivre dans son bureau, il s'appelle le Docteur Hermeziu, c'est lui qui va suivre Sydney tout au long de sa vie.
Il nous a expliqué que la maladie qui touchait Sydney, détruisait son foie, l'opération consistait à lui prendre un segment d'intestin pour relier le foie directement à l'estomac. Vu qu'elle n'avait pas de vésicule biliaire, elle ne produisait donc plus assez de bile pour dissoudre les aliments. Mais avant ça, ils allaient lui enlever son haricot (vésicule biliaire) ainsi que toutes les connexions atrophiés au niveau du foie.
Je m'enfonçais dans l'horreur! Qu'avais-je fais? Etait-ce de ma faute? Pourquoi ? Pourquoi moi?
Le Docteur Hermeziu nous a clairement expliqué que cette maladie n'était ni génétique, ni héréditaire, nous n'y étions pour rien.
- "J'ai fumé pendant ma grossesse c'était peut être pour ça? " dis-je.
- "Non, il y a d'autres mères qui n'ont pas du tout fumé" me répondit-il.
- "Mais alors d'où cela vient-il ?"
- "C'est tout simplement la faute à pas de chance. La moyenne annuelle des enfants atteints de cette maladie est de 40 sur le nombre de naissance en france."
- "Je joue au loto et je n'ai jamais gagné, cette loterie je n'y ai jamais joué mais j'ai touché le gros lot !!! J'ai vraiement la poisse !!!"
Nous étions démoralisés. Qu'allions-nous faire ? Qu'allait-il nous arriver ? Qu'allait devenir Sydney? Pourquoi NOUS ?
Le jeudi 24 Mars au soir, après la tétée une infirmière est venue me voir pour me dire que je pouvais y aller. Pour le reste, Sydney n'aurait plus besoin de moi. L'opération aurais lieu le lendemain matin. Je me suis sentie rejetée et anéantie.
Fred m'a ramené à la maison, voilà presque une semaine que je n'étais rentré, j'allais retrouvé mes autres enfants.
Mais sur le moment, je ne cessais de me demander si j'allais revoir mon bb. Et plus j'y pensais et plus mon coeur se serrait, la douleur était si intense que j'en avais le souffle coupé, comme si une main broyait mon coeur.
Une pensée morbide m'a traversé l'esprit. J'ai regardé fred et lui ai dit : "Si j'avais été seule dans la voiture pour rentrer, je pense que j'aurai foncé dans un mur pour que cette douleur cesse". Il m'a regardé et m'a répondu "Nous avons nos deux autres enfants qui nous attendent, penses à eux ils ont besoin de toi plus que jamais".
Mes enfants, ma vie, mes amours. Il a raison, il faut que je tienne pour eux et pour Sydney. Je dois être forte, bien plus que je ne l'ai jamais été dans ma vie. Je dois me battre.